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Huguette Arthur Bertrand (1920-2005)

 

Huguette Arthur Bertrand - Sans titre circa 1957
Huguette Arthur Bertrand - Poème 1957
Huguette Arthur Bertrand - Sans Titre Circa 1959
Huguette Arthur Bertrand - Composition 1960
Huguette Arthur Bertrand - Alep 1962
Huguette Arthur Bertrand - Sans titre circa 1967
Huguette Arthur Bertrand - Composition circa 1970
Huguette Arthur Bertrand - Sans titre circa 1970
Huguette Arthur Bertrand - Sans Titre Circa 1979
Huguette Arthur Bertrand - Sans titre  circa 1990

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J’ai assez bien connu cette artiste au charme indéniable. C’était une femme singulière au sourire totalement conquérant, elle avait un regard tendre qui savait parfois laisser entr’apercevoir sa rigueur et une volonté indéniable. Solitaire et assez entourée tout à la fois, admirée et, je pense, un peu redoutée, elle occupait une place évidente dans le microcosme du monde de l’art. Ses trop rares vernissages attiraient un monde de collectionneurs, de collègues et des amis attentifs et curieux de découvrir ses dernières œuvres. Certes, elle n’occupait pas, de son vivant, la place qu’elle aurait dû avoir dans la haute sphère des vedettes des années 1950, celles de l’abstraction lyrique. Aujourd’hui, la roue a tourné et, une nouvelle fois, il aura fallu que l’artiste meure pour qu’arrive la reconnaissance.


    Et cependant, tout l’œuvre de Huguette Arthur Bertrand est d’une splendide qualité, tourné vers une recherche intérieure d’exception. Sa connaissance de l’art de peindre lui permet de composer une peinture qui, très tôt, tourne le dos au récit figuratif. Un temps, elle pénètre les arcanes de l’abstraction géométrique. Mais, bientôt, elle opte définitivement pour le lyrisme, dont le geste lui convient infiniment mieux et lui permet d’aller explorer plus loin encore des voies alors restées  inconnues et qui l‘attirent. Sait-elle qu’elle sera la seule à savoir les exploiter ? Sa peinture et ses œuvres sur papier s’harmonisent entre elles. En effet, et cette exposition nous le montre, souvent une idée, un concept passe d’abord par la feuille de papier. Les harmonies se créent, se préparent inconsciemment. La pensée de l’artiste évolue souvent en très peu de temps. L’instant fugace se concrétise, après, sur la toile peinte qui vient parfaire des notations et études souvent très abouties.


     Naturellement, après sa période « géométrique », Huguette Arthur Bertrand ne se départit pas si facilement des acquis qui lui font pratiquer encore des constructions inédites, plus que jamais dans l’espace. Mais, bientôt, nous ne verrons plus sur la toile que de sobres plans colorés. Ce sont eux qui donneront un sens si particulier à son travail. La rigueur, toujours, le dispute à l’insatisfaction. Une fois le tableau presque achevé, elle ne manque jamais de lui ajouter quelques marques sombres, noires, comme des griffures rageuses qui rythment définitivement la toile, mais sans jamais l’enfermer. L’œil se faufile et se laisse prendre.


     Puis, plus tard, assouplissant encore le geste, la spatialité prend possession de toute la surface de la toile. Quelques fulgurances colorées rappellent encore les griffures rageuses d’hier. Pour elle, le tracé des lignes propulse la touche picturale et donne bien plus de « parole » à la forme. L’observation est exacte. Mais observons que tout cela s’inscrit toujours avec naturel dans la composition dont les tons bougent, évoluent.


       Le temps passe. Certes, les couleurs de feu ou de bleus s’accordent toujours aux noirs et ocres, mais avec un peu moins d’intensité peut-être. Les formes beaucoup plus diluées donnent à voir un tout autre champ de création, réorganisant les valeurs et les formes. Les orages ce seraient-ils éloignés ? Libération et spontanéité sont désormais de mise, mais la rigueur veille. Un instant on peut hésiter, mais à y mieux regarder voici que sa marque fondamentale, son écriture profonde réapparaît et s’impose. Certains tableaux explosent de couleurs, alors que pour beaucoup d’autres la subtilité chromatique alliée à un jeu délicat de transparences dans la mise en page, nous rassure. De fait, nous venons de retrouver, différente, celle que nous croyions avoir, un temps, perdue. Sa personnalité troublante liée à son art unique nous rappelle qu’il ne faut jamais ignorer l’existence secrète de ces maelströms qui provoquent, chez certains artistes, des séismes intérieurs. Séismes le plus souvent salvateurs, certes. Ce sont là des émotions puissantes qui, après, les conduisent à des solutions qui nous enchantent, comme c’est exactement le cas avec Huguette Arthur Bertrand. Le silence et la solitude créative leurs sont alors  essentiels.


       Huguette Arthur Bertrand, inlassablement aura, sa vie durant, montré au monde de l’art ce qu’était sa conviction, sa volonté  constance, pourtant sans cesse taraudée par ce besoin ardent de perpétuelle mobilité, lié aux nécessités impérieuses de ses innombrables  recherches.


Patrick-Gilles Persin


 

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